De quelles manières 3 personnes dirigent l’empire Google ?

Cet article est un extrait du livre « Une Révolution du Management : le modèle Google » écrit par M. Bernard Girard

« L’empire Google qui capitalise- je vous le rappelle – près de 160 milliards de dollars a su devenir en 8ans d’existence un leader mondial des moteurs de recherche sur Internet. Néanmoins et même si on connaît Google essentiellement pour son moteur de recherche, l’entreprise fondée en 1998 a su construire tout une économie et une profitabilité hors pair. A travers son service de gestion d’annonces (Adwords) et sa régie de publicité (Adsense), la firme de Moutain View a réussi un créé un modèle économique encore unique basé sur la gratuité et l’excellence de son moteur de recherche. En proposant une qualité de service toujours meilleure, Google a su fidéliser les internautes et ainsi crée une écosphère à la rentabilité hors norme avec la particularité de fournir au plus grand nombre de ses utilisateurs un service Gratuit !

Pour arriver à ce que l’on connait aujourd’hui de leur réussite, les deux fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, ont déstabilisé toutes les normes de management, de gestion et de direction depuis la création de leur entreprise. Ces choix toujours plus inhabituels et très souvent critiqués ont pourtant fait mouche presque à chaque fois en prenant de cours les meilleurs analystes économiques.
Revenons sur les particularités  de ce management et tentons de dégager comment trois personnes dirigent l’empire Google…

Tout  d’abord, il est bon de savoir qu’il n’y a pas qu’une seule personne à la tête de Google, ni même Larry Page et Sergey Brin mais bel et bien trois personnes : Eric Schmidt, Larry Page et Sergey Brin. Pourtant, jamais, au grand jamais un spécialiste du management ne leur aurait recommandé de mettre au sommet de leur organisation une structure tricéphale tant elles ont mauvaise réputation depuis longtemps. Qui ne se souvient du désastre que furent les triumvirats de l’Antiquité romaine ? C’est bien pourtant ce qu’ont fait  Larry Page et Sergey Brin lorsqu’ils ont recruté Eric Schmidt, un spécialiste du management, à la demande de leurs investisseurs. Plutôt que de lui donner tous les pouvoirs, de lui confier la gestion et de se réserver la technologie ou la vision, comme cela se produit dans tant de start-up, ils ont créé une direction à trois têtes. Tous les témoignages concordent: cette structure fortement contre-indiquée a joué à plusieurs reprises un rôle déterminant et positif et c’est sur ce point assez insolite que j’aimerais que l’on s’attarde un instant. Son efficacité paradoxale tient pour beaucoup, sans doute, à sa capacité à mettre un frein au développement excessif des egos de dirigeants qui ont très bien réussi. Le narcissisme est l’un des défauts mignons des chefs d’entreprise, surtout de ceux qui, partis de zéro, créent de véritables empires. On peut imaginer, en revanche, que  dans une structure tricéphale, celui qui est tenté de se prendre pour Dieu est vite rappelé à l’ordre par ses collègues !!!

Cette structure permet également de revenir plus rapidement sur une erreur. Un homme seul à la tête d’une entreprise hésite toujours à corriger les décisions qu’il a prises même s’il apparaît qu’elles étaient malheureuses. Il est toujours difficile d’avouer que l’on s’est trompé. En diluant les responsabilités (on ne sait jamais qui a vraiment pris la décision contestée), le triumvirat facilite les marches arrières.

Autre facteur de taille, cette configuration multiplie les points de vue, les visions et rassure investisseurs et clients qui ont le sentiment d’avoir, au sommet de l’entreprise, un responsable qui comprend et partage leurs préoccupations. Les actionnaires de Google attendent d’Eric Schmidt qu’il défende leurs intérêts, tandis que les utilisateurs mettent leur confiance dans la capacité de Larry Page et Sergey Brin à résister aux pressions des marchés.

Enfin, elle modifie les rapports de force au sommet de l’entreprise : une direction à trois têtes résiste mieux aux pressions qu’un homme seul. En acceptant ce dispositif de contrôle mutuel, Larry Page, Sergey Brin et Eric Schmidt se sont libérés de celles que les marchés et les experts exercent sur les directions générales dans la plupart des grandes entreprises.  Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en acceptant de se plier à ce contrôle mutuel, les trois hommes ont gagné en liberté et desserré toutes ces contraintes qui brident les dirigeants des entreprises d’une certaine taille et les mettent sous le contrôle de leurs propriétaires, collaborateurs et conseillers. Ils ont gagné en liberté ! De cette liberté dont ils avaient besoin pour construire une entreprise qui n’hésite pas à violer les règles classiques du management…

Un tel scénario serait-il réutilisable dans un autre cadre ? Rien n’est moins sûr… En effet, les structures bi ou tricéphales historiques, les triumvirats de l’Antiquité avaient échoué parce que conçus pour éviter des guerres de succession. Chacun des acteurs conservait l’ambition de devenir numéro 1 ! Celles que l’on met en place dans les entreprises modernes, à l’occasion des fusions, rapprochements… souffrent du même défaut. Il y en a toujours un et souvent deux qui espèrent tôt ou tard prendre les reines de l’entreprise.  Si cette structure s’est révélée efficace chez Google, c’est qu’elle s’est développée dans des conditions très particulières rarement réunies. Tout d’abord, la légitimité de chacun des trois hommes à occuper le poste de direction (les deux premiers sont fondateurs de l’entreprise, le troisième a dirigé d’autres grandes entreprises auparavant) ; ensuite, une culture commune : les trois dirigeants de Google sont ingénieurs de formation. Tous trois apprécient également la rigueur des raisonnements mathématiques,
ont la même confiance dans la technologie et la m&
ecirc;me attitude à l’égard de l’argent (ils sont heureux d’en gagner beaucoup et n’en ont pas honte, mais ils ne sont pas obsédés par l’idée de faire fortune et de toutes façons c’est déjà fait ! ^_^) ; enfin la répartition des rôles est bien définie : de par son expérience de manager, Schmidt est plus attentif aux questions de gestion, Brin aux questions éthiques et Page porte une attention toute particulière à l’organisation sociale de l’espace.

Le cas de Google semble donc bien unique mais c’est également aussi surement pour ces méthodes qu’il a connu tant de réussite tout au long de son évolution. Mathématicien de formation, les deux fondateurs sont en tout cas des managers talentueux qui contrairement a beaucoup ne dirigent pas au feeling mais aux chiffres… « 

N.B. : Le sujet de Google est passionnant et me passionne vous l’aurez compris… si des billets de ce genre vous plaisent je pourrais en reparler en abordant d’autres aspects comme la culture d’entreprise, la politique de recrutement, etc.… à vous de me dire…

Article adapté d’un chapitre de : Une Révolution du Management : le modèle Google, MM2 Editions, 2006.

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11 Commentaires (ajouter le vôtre)
  1. eMeRiKa

    Avec plaisir d’autres article sur Google, très intéressant :p

  2. Un billet qui porte à la réflexion, d’un point de vue "professionel", j’adore ! :)

  3. Des infos sur la politique de recrutement de Google m’intéresserait énormément.
    J’ai lu par-ci par-là que leur procédure d’embauche était très lourde avec de nombreux interviews (téléphoniques ou réels)…

  4. Shad

    Bien qu’un monopole google me fasse peur, à l’image de microsoft, je reste trés intéréssé par leurs méthodes de management et aimerait de nouveaux articles

  5. Je suis aussi preneur, excellent blog, bonne continuation.

  6. Excellent !

  7. archicotte

    Contrairement à ce qui est dit les "structures tricéphales" fonctionnent souvent très bien, comme les monocéphales, quelle que soit la taille de la structure. Pour ce que j’en observe, une vraie association entrepreunariale ne peut se faire quà trois.
    Très bon blog, je m’abonne.

  8. Je viens de rédiger un nouvel article sur une autre particularité de Google : le système des peer reviews. A lire ici

  9. Le management chez GOOGLE

    Voici une intéressante série de billets publiés sur aysoon.fr. Ils font le tour d’horizon des styles de management et des concepts organisationnels adoptés chez GOOGLE. Le premier volet, De quelle manière 3 personnes dirigent l’empire GOOGLE,

  10. Bonjour,

    une série d’articles critiques et satiriques sur le phénomène Google et l’Empire Geek, ici :

    agitlog.zeblog.com – série des "Geek Empire – Ubu Web".

    bien à vous,
    Agit-Log.

  11. marco

    Hello,
    bon travaille sur google. Mais j’aimerais avoir des renseignements sur la définitions des postes chez google.

    Merci d’avance

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